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Le blog de Miroir de l'Art

Le blog de Miroir de l'Art

Les coups de cœur, les coups de gueule, les belles rencontres de Ludovic Duhamel, Rédacteur en Chef du magazine papier Miroir de l'Art.


Anne Bertoin

Publié par Miroir de l'Art sur 29 Septembre 2011, 09:51am

 

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La projection du pire. Un état de décomposition avancée, une société en déliquescence dont il ne subsisterait que ruines et désolation.

Anne Bertoin n’y va pas par quatre chemins et, par le truchement de la peinture, nous donne à voir un univers ravagé. Des lieux détruits – ponts, musées, jetées, usines… sur lesquels semblent régner un indescriptible chaos. C’est un récit implacable de ce qui pourrait advenir, quelque chose de l’ordre du roman d’anticipation. On pense à La Route de Cormac Mac Carthy, à Ravage de Barjavel ou à l’humanité éteinte de La Planète des Singes de Pierre Boulle. Oui, la projection du pire. Aux confins de notre réalité visible, à l’autre bout du spectre, il y a le mot fin, lequel rime peut-être, qui peut savoir, avec le mot cataclysme, Jugement Dernier ou toute autre terminologie censée d’écrire l’apocalypse. Anne Bertoin, par cette peinture sans concessions, questionne l’avenir de l’humanité : quel monde pour demain ? Sans doute, aux âmes inquiètes, ces apocalypses urbaines, ces fatalités industrielles, résonneront comme autant de mises en garde, rappelant les effrayantes images de Tchernobyl, du 11 septembre, de Fukushima ainsi que de quelques autres catastrophes dont le souvenir ne cesse de hanter note civilisation. D’autres âmes, plus sensibles ou plus inconscientes, seront tentées de fermer les yeux, arguant peut-être de ce que la peinture ne devrait pas aborder ce genre de thèmes, que là n’est d’ailleurs pas son objet, préférant ainsi envisager des visions plus bucoliques et anodines de nos univers communs, oubliant un peu vite que la peinture est un art qui vise à montrer le monde sous un jour personnel, au même titre que la littérature ou la musique, ce pourquoi, faut-il le rappeler, toute musique, par exemple, a sa place au Panthéon des arts vivants, le rock, le jazz ou le rap au même titre que la musique classique. Classique justement, cette peinture pourrait le devenir tant elle s’appuie pour illustrer ses propos « dévastateurs » sur une technique et un dessin sans failles. Dans ces tableaux – subtilité supplémentaire - s’oppose une gestuelle intuitive à un art consommé de la représentation. Le regard oscille, s’interroge, recompose une image de la mémoire des lieux à partir de plusieurs strates de lecture. Comme si l’artiste nous prenait par la main pour nous faire remonter le temps jusqu’aux prémices de la catastrophe, une sorte de voyage à l’envers, qui s’entend comme une mise en garde.

 

Exposition visible chez UNI-VER, Paris 11e, jusqu'au 1er octobre

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