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Le blog de Miroir de l'Art

Le blog de Miroir de l'Art

Les coups de cœur, les coups de gueule, les belles rencontres de Ludovic Duhamel, Rédacteur en Chef du magazine papier Miroir de l'Art.


Anouk Grinberg

Publié par Miroir de l'Art sur 8 Avril 2012, 15:58pm

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Se confronter aux pastels d’Anouk Grinberg, c’est accepter la rencontre avec un regard libre et original. Un regard qui ne se soumet pas aux diktats en tous genres qui gouvernent nos vies.

Voyez la spontanéité du dessin, la liberté du geste. Voyez les oppositions de tons, la touche si particulière de l’artiste, voyez les contrastes, les jeux de couleurs.

De cette œuvre forte et singulière émerge une émotion pure, chargée d’humanité. La définir par les mots comporte un risque : celui de ne pas témoigner suffisamment de sa force de suggestion. Voyez ces personnages, voyez ces paysages, entrez dans un monde qui vous parle de ce qui se trouve à l’intérieur des êtres, de ce que l’on peine à voir.

Avec un œil bien aiguisé pourtant, il est possible de se frayer un chemin jusqu’au cœur de l’image…

Si c’est un personnage, plongez le regard aussi profondément que possible dans ses entrailles... Si l’armure résiste, soyez patient, insister. Avec un peu d’habitude, il n’est pas de carapace qui résiste longtemps à un regard sagace. Ne perdez jamais de vue que la compréhension d’une œuvre passe avant tout par la capacité de celui qui la découvre à se sentir en communion avec celle-ci. Laissez les émotions affleurer, laissez cette œuvre monter jusqu’à vous, faites silence en votre for intérieur. Une fois entrevu ce qui se dissimule derrière les traits, l’apparence, la surface du papier, entamez résolument la chair, comme le ferait un chirurgien de l’âme, comme l’artiste l’a fait avant vous. Allez à l’essentiel en somme, droit au cœur du dessin, du personnage. Cherchez le mécanisme, cherchez à en comprendre le fonctionnement, recueillez des indices qui pourront vous mettre sur la voie ; telle expression épouvantée, tel regard perdu. Très vite, se perçoit à l’évidence la solitude intérieure de l’être esquissé, les ravages causés par les agressions du monde extérieur sur son intégrité physique et psychologique. Confronté à cette société qui le presse comme un fruit bien mûr, il est comme implosé de l’intérieur. Bas les masques, derrière les faces publiques et les façades de circonstances, tressautent de pitoyables mouvements de détresse, de vains réflexes de rage et d’incompréhension. Apparait l’expression d’une sourde angoisse, comme chevillée au corps. Quelque chose de l’ordre de la peur, de la peur de l’autre, de la souffrance générée par un monde cruel et sans pitié. Quelque chose qui provoque à terme une sorte d’hébétude et qui mène au final à la paralysie totale. Le sujet retient malgré lui son souffle, s’étouffe peu à peu de tant d’indifférence autour de lui, se recroqueville. Voici dans ce pastel, les cauchemars d’adulte, voici le cœur des tourments humains. De s’effrayer notre personnage a vu son cœur cesser de battre, puis cahin-caha, reprendre et de nouveau scander douloureusement le temps… Il ne tient qu’à un fil. A la surface du papier comme à la surface d’un étang profond, il se noie dans une obscurité toujours plus sourde. Entendez les cris de ceux qu’on assassine à petit feu.

Si c’est un paysage, sous vos yeux, la nature se mure derrière un voile de silence, un mutisme obstiné qui ressemble à de la méfiance. Tout est serein pourtant, et vous pouvez creuser, ici, pas de traces d’agressivité, pas de pièges. La nature telle que la perçoit l’artiste s’offre comme une alternative à l’univers humain. Sentez-vous monter de l’ombre des plaines et des bois cette douce torpeur au cœur de laquelle chacun peut se blottir et rêver ? Voyez les arbres, qui sont chez Anouk Grinberg comme des épaules sur lesquelles on peut s’appuyer en toutes circonstances, ces arbres ne trahissent jamais la confiance qu’on leur donne, l’artiste les plante dans le décor pour en faire des phares prêts à guider l’humanité. Entendez les murmures de ces lieux solitaires auprès desquels la vie parait plus douce, et le spectacle humain, par opposition, plus cruel et plus impitoyable.

« Je vois non la vitrine mais l’arrière-boutique », dit Anouk Grinberg. Pénétrez avec ses pastels dans le monde du revers de la médaille, là où peu de monde ose se risquer…

 

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Après avoir montré ses dessins à la galerie GNG durant le mois de mars, Anouk Grinberg expose à Fine Art Studio, à Bruxelles, jusqu'au 20 mai 2012.

 

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