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Le blog de Miroir de l'Art

Le blog de Miroir de l'Art

Les coups de cœur, les coups de gueule, les belles rencontres de Ludovic Duhamel, Rédacteur en Chef du magazine papier Miroir de l'Art.


C'est du déjà vu !

Publié par Miroir de l'Art sur 20 Septembre 2011, 09:37am

Catégories : #Mes coups de gueule

 

Souvent j’entends tel ou tel exprimer devant moi, comme mû par un réflexe mécanique inconscient, cette phrase définitive, aussi efficace qu’une averse de grêle en plein été : « Mais c’est du déjà vu ! », à laquelle se greffe parfois un soupir désabusé : « de toute façon, tout a été dit, tout a été fait… »

La belle affaire ! La belle astuce que ces mots qui tranchent dans le vif et refusent à toute œuvre nouvelle, en même temps que le statut d’originalité celui de création digne d’intérêt. Parce que de nombreux artistes ont peint la pluie, la guerre, les camps, la joie, le soleil, la neige, les gratte-ciels, il semble incongru pour ceux ou celles qui rameutent ainsi le passé de laisser errer l’imagination des artistes sur les mêmes thèmes. C’est du déjà vu ! La belle affaire ! Oh, je ne signe pas un sauf-conduit aux copieurs de tous poils qui sévissent ici ou là, qui pour avoir subodorés qu’une recette semblait avoir les faveurs du plus grand nombre se précipitent en tâchant de la reproduire au plus juste. Mais le simple fait de marcher dans des plates-bandes semblables à celles de glorieux prédécesseurs ne saurait préjuger de ce que les œuvres ainsi parallèles seront identiques, ni de qualités égales. Quel bonheur que tel thème ne soit pas uniquement accaparé par un artiste, lequel au prétexte qu’il serait le premier à s’emparer dudit sujet se verrait ainsi en quelque sorte adoubé et interdirait aux infortunés nés après lui de se confronter au sujet. Si l’on avait laissé le spleen à Baudelaire, la littérature du XXème siècle n’aurait pas la même saveur. Côté peinture, l’abstraction se serait arrêtée à Kandinsky, ce qui avouons-le, aurait été bien dommage. Et, de la même façon, si l’on ne pouvait aujourd’hui traiter du nu féminin, sous prétexte que d’autres l’ont fait auparavant, l’on passerait à côté de bien des œuvres majeures, celles de Lucian Freud par exemple. Il me semble que cette posture qui consiste à arguer du fait d’une antériorité permet à bon compte de se passer d’entrer dans les détails, et donc de critiquer objectivement un travail. On peut qualifier un tableau de mille substantifs, et nul n’est besoin pour le démolir de lui reprocher de n’avoir pas, le premier, abordé tel ou tel thème. Par malheur, cette exigence d’originalité puise ses racines dans la sempiternelle et sacro-sainte « histoire de l’art », laquelle classe les œuvres selon leur nouveauté présumée au moment de leur création, ce pourquoi les boîtes à merde de Manzoni (notamment) ont droit de cité dans la longue liste, et pas certaines œuvres majeures de notre époque. Apprenez donc à juger sans trop vous souvenir…

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