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Le blog de Miroir de l'Art

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Les coups de cœur, les coups de gueule, les belles rencontres de Ludovic Duhamel, Rédacteur en Chef du magazine papier Miroir de l'Art.


Cécile Decorniquet : portraits en trompe-l'oeil

Publié par Miroir de l'Art sur 7 Janvier 2011, 10:39am

--Cecile_Decorniquet_Alexandra-Antony.jpg

 

 

Ici l’enfant est roi. Un enfant qui renvoie au monde des adultes. Et dont le sérieux imperturbable interroge.

On ne comprend pas sur l’instant. L’enfant est là, plein cadre, angélique. C’est un portrait sur un fond gris bleu, qui met en valeur le joli minois. On est happé par la beauté des attitudes, le port de têtes des chérubins, leur grâce, les vêtements qui les attife, un je ne sais quoi de désuet qui ajoute au tableau un charme indéfinissable. Mais un détail cloche. Cela chemine un moment jusqu’au cerveau, jusqu’à ce qu’apparaisse le petit hiatus qui remet en cause toute la vision que l’on a de l’enfant ainsi exposé.

Le regard. Oui, vraiment, le regard. Ce regard interrogatif, éminemment grave. Qui donne soudain à la photographie une couleur profonde. Ne nous voilà plus seulement face à des enfants, mais face à des enfants aux attitudes adultes. Pas un sourire, et ce regard toujours qui procure des frissons.

On peut lire de mille manières les photographies de Cécile Decorniquet. Sans doute est-ce là leur force. Univers sombre au fond qui peut rappeler les enfants solitaires de toutes les guerres, les laissés pour compte de toutes les horreurs. Elles sont déjà adultes ces filles au regard perdu, inquiet, comme en dedans. Elles sont déjà dans l’après, dans le monde qui viendra plein d’incertitudes et de menaces et ont depuis longtemps quitté les rivages sereins, ou censés l’être, de l’enfance.

Voilà ce que l’on ne perçoit pas de prime abord dans ces images ; leur immense noirceur. Et comme liée, consubstantielle, la compassion de l’artiste pour ces enfants privés d’innocence. C’est l’histoire d’un enfant qui s’en revient de l’envers du décor, de ce qu’il n’aurait jamais dû voir, de ce qu’on lui a imposé, à son corps défendant. C’est l’histoire de ces millions d’enfants de toutes les guerres du siècle dernier, et de celui qui a pris à sa source à Manhattan, et dont on a tué la joie de vivre.

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