Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le blog de Miroir de l'Art

Le blog de Miroir de l'Art

Les coups de cœur, les coups de gueule, les belles rencontres de Ludovic Duhamel, Rédacteur en Chef du magazine papier Miroir de l'Art.


Chronique n°2 : Le musée...

Publié par Miroir de l'Art sur 23 Juin 2011, 15:52pm

 

Avant de consacrer toute une chronique à Louis Hayet, voici l’évocation d’un musée. Le genre de musée que nous avons tous visité un jour ou l’autre...

 

Il était une fois un musée. Un petit musée de province avec collections datant des siècles précédents et juste le minimum, le strict minimum, d’œuvres modernes et contemporaines. Rien qui puisse déclencher les hauts cris, ni dans un sens ni dans l’autre ; pas de quoi s’enthousiasmer, pas de quoi crier au scandale. Un musée comme on en croise tant, une sorte de palais de la Belle au Bois dormant au sein duquel les conservateurs successifs avaient fait montre de conservatisme justement, sans jamais oser pousser la porte des ateliers d’artistes de leur temps, sans apporter autre chose à leurs collections que le poussiéreux lustre des ans, lequel confère peut-être de la valeur aux antiquités, mais ne suffit pourtant pas à transformer une croûte en une œuvre d’art.

C’était donc un musée banal, sans génie, un musée bruissant d’ennui, seulement troublé de temps à autre par quelques jeunes scolaires auxquels on venait montrer « ce qui se faisait avant »…

Or cet antre glacial en hiver, surchauffé l’été, se retrouva soudain, quasiment du jour au lendemain, sans chef, sans directeur, sans conservateur. Telles ces denrées alimentaires, industrielles et sans authenticité, qui dépériraient sans l’adjonction de ces incontournables conservateurs, le musée se délita brusquement, parut plus mort encore qu’il ne l’avait jamais été, cessa tout à coup de frissonner. Il entra en silence et nul, dans la petite équipe inconsolable depuis le départ de leur mentor ne semblait en mesure de le ranimer.

Le mentor, au musée depuis vingt-huit ans, avait fait valoir ses droits à la retraite, était parti sous d’autres cieux plus cléments, avait déserté, au grand dam de ces messieurs dames de la mairie, un poste qu’il aurait dû occuper jusqu’à la mort. Bigre, on s’était habitués au rythme de deux expositions par an (pas plus, c’est terriblement difficile à monter de nos jours une expo…), on ronronnait tranquillement entre une expo consacrée aux ciels de Boudin et une autre à un obscur suiveur des impressionnistes, on ne lui en demandait pas moins, pas plus, aux vernissages, il y avait un fameux mousseux. Elle tomba bien mal cette désertion, à l’heure où la mairie cherchait à convaincre du bien-fondé de sa politique, notamment culturelle (cela se passait dans les années 2010-2011, en des temps où le marketing prenait le pas sur le fond, où il fallait paraître, ou mieux apparaître, plutôt que de s’engager sur une quelconque voie, fut-elle la bonne).

La mairie prônait désormais de prendre exemple sur les grands musées parisiens, et donc de développer ce pôle culturel et artistique, selon la terminologie ad hoc, bref de booster la fréquentation du musée. Au demeurant, une décision de bon sens, lorsque l’on sait que notre beau petit bijou ne dépassait pas les 5000 visiteurs par an…

Il fallait donc mettre à la tête du musée, l’affaire était entendue par tous les penseurs municipaux, quelqu’un de professionnel, validé par les instances de la DRAC (dame, c’est un musée de France !), quelqu’un sur lequel on pourrait cependant avoir suffisamment d’influence pour le manipuler à locaux rêvent d’exposer au musée, il faudra bien, élections prochaines obligent, en contenter certains.

La difficulté venait du fait qu’il fallait choisir quelqu’un qui ne fut pas endoctriné par les thèses douteuses de l’intelligentsia Drac…onienne, celles qui prétendent vous faire prendre des vessies pour des lanternes, qui vous jurent qu’un bidet est une sculpture comme une autre, etc. Des thèses qui n’emportent guère l’assentiment dans le microcosme provincial dans lequel se déroule cette histoire, pour laquelle, vous l’aurez de toute évidence bien compris, toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé, serait pure coïncidence.

On organisa donc à la hâte une opération recrutement. Une annonce parut dans la presse, et très vite, les premiers candidats se présentèrent. Le jury, constitué par l’adjointe à la culture, une représentante de la DRAC, un directeur du service municipal des ressources humaines, le chargé de mission du musée, commença à trier les candidatures. Oh, il n’eut pas grand-chose à se mettre sous la dent, ce jury plein de bonne volonté. Un petit musée de province ça n’attire visiblement pas les foules.

On trouvait dans les candidats pré-sélectionnés un jeune conservateur désireux de changer d’air, un étudiant fraîchement sorti de l’école, une jolie attachée de conservation spécialisée dans l’art du XIXème, un journaliste, œuvrant pour différents magazines d’art contemporain, et une mystérieuse invitée, ouvertement soutenue par la DRAC (bien que n’ayant aucune compétence particulière dans le domaine artistique).

Je vous conterai la semaine prochaine ce qu’il advint de ces courageux (et inconscients ?) ambitieux…

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents