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Un artiste c’est avant tout un œil, un œil en permanence sur le qui-vive, un œil attentif à tout ce qui l’entoure, qui absorbe les images du monde pour les restituer en œuvres d’art. Chez Hervé Martijn, l’œil est vif et prend du monde environnant l’essentiel. Il en donne une vision originale et éminemment esthétique. Son œuvre ne s’offre pas d’emblée, se donne peu à peu à qui sait observer, et si elle se veut figurative, elle joue de la matière (l’huile, le sable) comme peu d’œuvres contemporaines le font. Se marie à l’image tout à la fois complexité et émotion. Comme je l’ai écrit dans un précédent Coup de cœur (cf. Miroir de l’Art n°20), la toile est striée de lignes, de coulures, de traces, comme pour mieux marquer la distance entre rêve et réalité. Comme pour nous inciter à davantage d’attention, comme pour souligner la fragilité de toute perception, de toute pensée, du moindre songe. L’évanescence de toute chose. Il est vrai que les sujets de Martijn sont envisagés depuis l’extérieur, comme des vues prises au téléobjectif par quelque photographe discret, mais respectueux. Le peintre veille ici à ne pas se montrer, c’est bien le sujet avant tout qu’il entend dévoiler dans son intimité, un sujet replié sur lui-même, en méditation, en repos. En résulte une humanité sereine, portée par une technique sans failles, et qui inscrit dans la mémoire mieux que ne le ferait une photographie le souvenir de choses que l’on n’a pas vécues, mais qui auraient pu être, qui ont même sûrement existées. Femmes aperçues fugitivement qui marquent durablement la rétine, passantes dont on conserve la mémoire, longtemps après.

 

A voir à la galerie Claudine Legrand (Paris 6e), du 16 juin au 7 juillet 2011.

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