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Le blog de Miroir de l'Art

Le blog de Miroir de l'Art

Les coups de cœur, les coups de gueule, les belles rencontres de Ludovic Duhamel, Rédacteur en Chef du magazine papier Miroir de l'Art.


Hommage à Norbert Nüssle

Publié par Miroir de l'Art sur 4 Mars 2013, 17:50pm

Catégories : #Hommage

 

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Norbert Nüssle nous a quittés récemment. Nous lui avions consacré notre Une du numéro 20 de Miroir de l’Art. Hommage lui est rendu à la galerie La Navire à Brest, du 8 mars au 6 avril 2013. Voici le texte paru en septembre 2010.

Le monde tel qu’il tourne

Par l’accumulation de détritus, de déchets, de rebuts, mais aussi par le processus du dessin et de la peinture, il crée un monde original, violemment expressionniste.

Longtemps, très longtemps que nous « pistions » cet artiste allemand. Depuis des années. Depuis une exposition au musée de Morlaix en 2002. Comment aurions-nous pu ne pas se sentir interpellé par cette œuvre faite de bric et de broc, reflet d’un monde encombré de détails hétéroclites, agglutinés sur la toile comme autant de dérisoires témoignages de la superficialité de ce qui nous entoure ? Comment aurions-nous pu oublier l’intense effet des grands tableaux de Nüssle, leur pouvoir d’attraction, l’originalité de leur approche du monde, leur expressivité ?

L’occasion nous est enfin donnée avec l’exposition organisée par la galerie La Navire de mettre enfin en avant un grand artiste de notre temps, lequel, pour la plupart d’entre vous, est malheureusement un parfait inconnu.

Avant que d’évoquer son œuvre, parlons donc un peu de lui, de ce monsieur de 78 ans, né à Heidelberg. Il a suivi des études de langues et littératures romanes, dans les années 50, à Heidelberg, Paris et Lille. Il fut professeur de français à Mannheim, puis dès les années 70 commença de se tourner vers l’Art, et d’en vivre. Il a exposé maintes fois à la galerie La Navire (Brest), mais aussi en Allemagne (notamment Art Basel) et, pour la France, plus particulièrement en Bretagne, une région qu’il affectionne tout particulièrement.

Ce qui saute aux yeux dans l’œuvre de Nüssle, c’est le mouvement qui l’habite en permanence. Tout semble y tournoyer en tous sens : une bourrasque de vent et tout pourrait s’effondrer, glisser hors du tableau comme sous l’effet de quelque cataclysme dévastateur. Sur la chaussée des détritus, papiers divers, extraits de journaux, emballages, jonchent le sol, dans un décor désertique où l’homme n’apparait pas. Pour autant, de l’ensemble de son travail transparait un incroyable équilibre. Equilibre circulaire dans ses représentations de la ville, des villages, des routes, des carrefours, des places. Equilibre plastique aussi devrais-je dire. Quelle maîtrise dans le dessin, quelle maestria dans le traitement des couleurs, l’agencement des sujets ! Tout un univers dans lequel transparait une critique sans concessions de notre société de consommation, de ses dérives, de son inhumanité latente ? Au sein même de son œuvre, pour emprunter quelques mots à René Le Bihan, conservateur du musée de Brest de 1964 à 2002, celui qui organisa dès 1974 la première exposition Nüssle en France, « une cruelle amertume prend le dessus ». Une amertume qui est aussi la résultante d’acerbes visions de la ville moderne et de la brutalité de certaines urbanisations « galopantes », de rénovations hâtives et malvenues.

Nüssle, en observateur avisé de son environnement, ne cesse en outre de souligner au fil de ses tableaux l’absurdité des postures contemporaines dominées notamment par le profit. Son œuvre oscille entre humour et ironie, dénonçant sans relâche les travers de notre temps. Une œuvre majeure, saisissante.

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