A un lecteur de Miroir de l’Art qui nous reprochait voici quelques temps de privilégier dans Miroir de l’Art une certaine morosité visuelle, j’avais répondu quelques lignes qui me paraissent définir assez bien le but recherché au travers de notre magazine, et je ne résiste pas à l’envie de vous les faire lire !

 

Pour info, ce lecteur écrivait : « je ne m'habitue pas à l'ambiance générale que vous nous proposez .En effet, le choix des peintres reste souvent dans la même veine : une morosité visuelle. Nous pouvons peut-être penser que le talent d'un artiste ne se retrouve pas seulement dans le noir et blanc ou dans des sujets tristes. Nous aimerions voir du rêve et non du cauchemar! (surtout en ce moment) ».

 

Ce à quoi je lui avais répondu :

 

« Je pourrais évacuer la problématique en arguant du fait que nous ne sommes que le reflet de la production artistique de notre époque (ce qui est tout de même en partie vrai). Les artistes ressentent cette époque avec un indéniable pessimisme (comme vous, puisque vous réclamez du rêve " en ce moment") et nous sommes donc l'écho de leur production. Mais je ne m'abriterai pas derrière ce paravent. Après tout, nous faisons la sélection des artistes...

 

J'aime prendre l'exemple de la chanson (ou de la poésie) pour définir nos choix. Faut-il sous prétexte que l'on adore Charles Trénet (ce qui est mon cas, y a de la joie, etc.) passer sous silence Brel, Brassens, ou Léo Ferré ? Non bien entendu. Pour la peinture, la photographie, la sculpture, c'est la même chose. La problématique ne peut se poser en termes de joie, de tristesse, de noir ou de couleurs (le noir en est une).

  

Il est vrai que certains de nos magazines semblent avoir une tonalité particulière (plus Léo Ferré que Trénet). D'autres moins. Mais le fait est que nous n'appartenons à aucune chapelle. L'éclectisme prime, et certains sujets peuvent déconcerter. Je suis de ceux qui pensent que Le Voyage au Bout de la nuit de Céline est l'un des écrits les plus sublimes à ce jour. C'est d'une beauté tragique dont il s'agit : personne n'a su mieux que lui exprimer l'horreur de la guerre 14. Devrions-nous ne lire que des livres moins noirs, des livres sans morts, sans destins tragiques ?

 

En peinture, devrions visionner sans cesse ce qu'ont fait les impressionnistes, et réclamer encore et encore que l'on nous montre la beauté du monde ? L'art est multiple, et ne pas le comprendre, c'est se priver de grandes œuvres... et donc de grandes joies...

L'une de mes phrases préférées est celle de Germaine Richier : « Je suis plus sensible à un arbre calciné qu’à un pommier en fleurs ». Mais cela n’empêche nullement d’apprécier et l’un et l’autre. »

 

Et vous, qu’en pensez-vous ?

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