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Il en est du mystère de nos existences, du mystère qui nous cerne de toutes parts, comme de la lumière changeante du crépuscule, comme de l’obscurité des villes de bord de mer à la nuit tombée, comme du gris des jours gris qui pleut sur Ostende une fois l’automne venue : toutes les couleurs du monde s’y dissimulent et, pour peu que l’on sache être suffisamment attentif, il s’y révèle mille nuances dont toute une vie ne saurait percer le secret.

Le mystère toujours hante les toiles de Roland Devolder, tout comme le noir profond des nuits sans fin, la grisaille des aubes indécises de ces côtes balayées par les vents puissants du large, la lumière blafarde de la lune. Le mystère perce sous la touche soyeuse, sous le dessin, sous la patine des bronzes, comme le ferait quelque esprit rôdeur éternellement attiré par les images de son passé, par le souvenir d’une vie lointaine de plus en plus indistincte, une vie perdue dans les brumes d’une mémoire qui se confond avec le ciel bas et pesant.

La peinture de Roland Devolder se mire dans la vie de tous ceux qui ont vue sur la mer : il s’y blottit mille personnages dont on devine souvent bien peu de choses, visages impassibles qui n’invitent pas à la confidence, regards qui regardent sans nous voir, masques sans expression, et qui restent pour toujours une énigme. Dans cette œuvre, mille destins dessinent mille possibles, autant d’univers où nous ne mettrons peut-être jamais les pieds.

Théâtre d’ombres et de silhouettes, de clairs obscurs et d’obscures clartés, cette peinture se refuse au regard cartésien. Il faut écouter, je le crois, les mots de Federico Garcia Lorca pour percevoir les enjeux de cette figuration si personnelle : « Toutes les choses ont leur mystère, et la poésie c’est le mystère de toutes les choses ». La peinture du peintre ostendais est poésie du non-dit, un art qui plonge au cœur de visions fantasmagoriques auxquelles il ne sert à rien de trouver un sens : foules silencieuses accompagnées de poissons sur pattes, cortèges d’anonymes marchant du même pas vers un destin incertain, précédés par un tambour à la tête de chèvre, personnages solitaires murés dans je ne sais quelle méditation.

Chez Devolder, ce qui se passe en dehors du tableau est au moins aussi important que ce qui s’y joue. Et chaque fois, le spectateur entreprend un voyage intime qui le mène au-delà des frontières arbitrairement fixées par le cadre de la toile. L’artiste ne lui laisse pas d’autre choix. Il faut jouer de l’imagination pour percevoir cette petite musique singulière se faire jour en soi, cette mélodie du mystère et de l’inconnu qui fredonne des mondes que sans doute, sans l’artiste, nous n’aurions rencontrés.

Cette peinture offre une infinité de dimensions, à l’image d’un univers cachant en son sein d’autres univers. Quand vous entrez dans un tableau de Devolder, vous entrez dans un pays sans frontières, où le seul passeport qui vous soit nécessaire est un morceau de cœur qui bat avec un œil au milieu.

(texte tiré du livre consacré à Roland Devolder, éditions Auréoline, novembre 2012)

 

 

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