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Le blog de Miroir de l'Art

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Les coups de cœur, les coups de gueule, les belles rencontres de Ludovic Duhamel, Rédacteur en Chef du magazine papier Miroir de l'Art.


Roland Devolder : la poétique du mystère

Publié par Miroir de l'Art sur 7 Novembre 2012, 10:47am

Catégories : #Mes coups de coeur

 

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Il en est du mystère de nos existences, du mystère qui nous cerne de toutes parts, comme de la lumière changeante du crépuscule, comme de l’obscurité des villes de bord de mer à la nuit tombée, comme du gris des jours gris qui pleut sur Ostende une fois l’automne venue : toutes les couleurs du monde s’y dissimulent et, pour peu que l’on sache être suffisamment attentif, il s’y révèle mille nuances dont toute une vie ne saurait percer le secret.

Le mystère toujours hante les toiles de Roland Devolder, tout comme le noir profond des nuits sans fin, la grisaille des aubes indécises de ces côtes balayées par les vents puissants du large, la lumière blafarde de la lune. Le mystère perce sous la touche soyeuse, sous le dessin, sous la patine des bronzes, comme le ferait quelque esprit rôdeur éternellement attiré par les images de son passé, par le souvenir d’une vie lointaine de plus en plus indistincte, une vie perdue dans les brumes d’une mémoire qui se confond avec le ciel bas et pesant.

La peinture de Roland Devolder se mire dans la vie de tous ceux qui ont vue sur la mer : il s’y blottit mille personnages dont on devine souvent bien peu de choses, visages impassibles qui n’invitent pas à la confidence, regards qui regardent sans nous voir, masques sans expression, et qui restent pour toujours une énigme. Dans cette œuvre, mille destins dessinent mille possibles, autant d’univers où nous ne mettrons peut-être jamais les pieds.

Théâtre d’ombres et de silhouettes, de clairs obscurs et d’obscures clartés, cette peinture se refuse au regard cartésien. Il faut écouter, je le crois, les mots de Federico Garcia Lorca pour percevoir les enjeux de cette figuration si personnelle : « Toutes les choses ont leur mystère, et la poésie c’est le mystère de toutes les choses ». La peinture du peintre ostendais est poésie du non-dit, un art qui plonge au cœur de visions fantasmagoriques auxquelles il ne sert à rien de trouver un sens : foules silencieuses accompagnées de poissons sur pattes, cortèges d’anonymes marchant du même pas vers un destin incertain, précédés par un tambour à la tête de chèvre, personnages solitaires murés dans je ne sais quelle méditation.

Chez Devolder, ce qui se passe en dehors du tableau est au moins aussi important que ce qui s’y joue. Et chaque fois, le spectateur entreprend un voyage intime qui le mène au-delà des frontières arbitrairement fixées par le cadre de la toile. L’artiste ne lui laisse pas d’autre choix. Il faut jouer de l’imagination pour percevoir cette petite musique singulière se faire jour en soi, cette mélodie du mystère et de l’inconnu qui fredonne des mondes que sans doute, sans l’artiste, nous n’aurions rencontrés.

Cette peinture offre une infinité de dimensions, à l’image d’un univers cachant en son sein d’autres univers. Quand vous entrez dans un tableau de Devolder, vous entrez dans un pays sans frontières, où le seul passeport qui vous soit nécessaire est un morceau de cœur qui bat avec un œil au milieu.

(texte tiré du livre consacré à Roland Devolder, éditions Auréoline, novembre 2012)

 

 

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becquart 07/11/2012 13:56

Il y a quelques mois, je vous faisais remarquer la tristesse et la désolation que représente votre sélection de peinture.
Je vois que vous ne changez pas.
A quand une autre peinture qui nous procurerai un peu plus d'enchantement...

Miroir de l'Art 07/11/2012 17:15



Bonjour,


Tristesse et désolation sont deux mots qui ne cadrent vraiment pas avec le travail de Roland Devolder, ni d'ailleurs avec le texte publié ici. Son oeuvre est un mélange de vitalité picturale et
d'univers flamand qui oscille entre le grinçant et le burlesque, sûrement pas une peinture "triste". Pour ce qui est de la sélection de Miroir de l'Art, peut-être n'avez-vous pas vu les derniers
numéros, mais ne peuvent également être qualifiés de "tristes" ou "désolés" les travaux de Miguel Macaya, Eric Roux-Fontaine, Clark et Pougnaud, Nathalie Deshairs ou Robin Goldring, pour n'en
citer que quelques-uns. La peinture a toujours abordé des thèmes difficiles, il est logique qu'elle continue aujourd'hui. L'enchantement que vous recherchez doit se trouver, quand on est un
véritable amoureux de la peinture, comme de la littérature ou de la musique, dans le talent des artistes, non dans les thèmes qu'ils abordent. Je vous l'ai déjà dit, je suppose que vous n'écoutez
pas, aussi brillant soit-il, Charles Trénet à longueur de journée. Il vous arrive d'écouter Brel, Brassens, ou, horreur ! Léo Ferré ! Ces réflexions à mettre en exergue avec votre propre travail
de peintre, axé, si je ne me trompe, sur les natures mortes, et qui les fait apparaître sous un jour mystérieux, teinté de mélancolie, avec des couleurs sourdes, lesquelles, me semblent-ils et
c'est très bien ainsi, ne dégagent pas une gaieté immense, montrent un univers complexe et... sombre;



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