Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le blog de Miroir de l'Art

Le blog de Miroir de l'Art

Les coups de cœur, les coups de gueule, les belles rencontres de Ludovic Duhamel, Rédacteur en Chef du magazine papier Miroir de l'Art.


Romain Saintonge

Publié par Miroir de l'Art sur 25 Novembre 2011, 15:03pm

 

 

Présences fantomatiques  

 

avril-2011-015.JPG

 

Non pas tel un personnage créé de toutes pièces par la matière, par les aspérités de la toile ou par les amoncellements de pigments (façon Eugène Leroy par exemple), mais plutôt comme une émanation mystérieuse flottant entre deux mondes, une apparition fantomatique qui surgirait sans que l’on sache bien comment, le sujet s’impose sur la toile dans une vision crépusculaire, entre rêve et réalité.

De semblable façon, sur les murs de nos villes, les vestiges d’anciennes affiches, que les intempéries plient à de secrètes exigences, régurgitent de tels personnages impalpables, conséquences d’une lente maturation, d’une lente alchimie. Ils émergent derrière le voile grisâtre des ruissellements d’eau de pluie, au travers de la gangue lépreuse des pollutions successives, et nul ne saurait percevoir dans ces spectres décolorés le monde chatoyant qui leur a donné vie, qui a présidé à leur inattendu retour sur le devant de la scène.

Dans l’art de Romain Saintonge chaque tableau est le fruit d’un long processus. Comme une quête, un cheminement à rebours, un retour aux sources. Sur la toile, un personnage apparait. Image brouillée, secrète. Image qui procure une émotion comparable à celle que l’on peut ressentir devant de vieilles photographies dont on réalise soudain qu’elles montrent des êtres, dont plus personne ne se souvient le nom, des êtres depuis longtemps disparus.

La peinture aussi comme le vecteur du souvenir, un passage entre deux mondes, un entre-deux mal défini, un no man’s land sur lequel erre la mémoire, à la recherche des fantômes du passé.

Les transparences, les empâtements, les coulures pourvoient les sujets d’une essence trouble et persistante. « Au milieu de l’irrégularité de la texture, je tente de faire revivre leur présence » explique Romain Saintonge. La mémoire fixée par les pigments, non pas à grands renforts de réalisme, mais par couches successives, bribes par bribes, en une superposition d’abstractions.

avril-2011-022.JPG

 

La vie, semble suggérer l’artiste, est une succession d’images que la mémoire enfouit dans un magma opaque, duquel elles refont surface en un éclair blafard, amputées chaque fois de nouveaux détails. Tel souvenir que l’on s’efforce de conserver par delà les ans, se réduit malgré nous à de simples flashs monochromes, qui perdent chaque jour un peu plus de leur netteté. Alors, les images de Romain Saintonge, inspirées de vieilles photographies, s’essaient à préserver ce qui peut l’être, en s’appuyant tout à la fois sur les accidents de la matière et sur un travail plastique plein de ressources inventives. Pour donner à son propos davantage de force, il n’hésite pas à noyer ses sujets sous une couche de pigments, à les amputer d’une tête, d’un œil, à n’en conserver que le strict minimum.

Ses tableaux comme le moyen d’enrayer un processus implacable. Comme un appel au refus de l’oubli qui guette. Avec la poésie pour seul étendard, la poésie des attitudes et des gestes, saisis par un artiste soucieux de communiquer un sentiment plutôt que de décrire.

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents