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Le blog de Miroir de l'Art

Le blog de Miroir de l'Art

Les coups de cœur, les coups de gueule, les belles rencontres de Ludovic Duhamel, Rédacteur en Chef du magazine papier Miroir de l'Art.


Sylvester Engbrox

Publié par Miroir de l'Art sur 7 Juin 2011, 14:04pm

 

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Sur notre couverture, sur la Une de Miroir de l’Art, un homme, jeune à ce qu’il semble, marche au bord d’une route détrempée par un récent orage. Une sacoche à la main, le regard en dedans, perdu dans ses pensées, absorbé par le souvenir d’un temps encore si proche où le monde lui paraissait moins complexe, il marche du pas de celui qui ne sait dans l’instant prochain ce qu’il décidera, s’il désertera, coupera à travers champs, ou s’il continuera d’arpenter le bitume. Sans se soucier de quiconque, sans se soucier des voitures qui le dépassent. Et c’est peut-être à travers cette peinture une allégorie de la condition de l’artiste, lequel, de la même manière, absorbé par son art, sans trop se soucier de ceux qui le dévisagent, avance sur une route glissante, avance à son rythme vers quelque but mystérieux, dont il ne sait rien, loin, plus loin sur la route, par-delà l’horizon.

La peinture de Sylsvester Engbrox s’offre dans son énigme, ne donne pas de réponse, et c’est tant mieux. L’artiste ne donne pas d’interprétation, ne juge ni ne condamne, nous laisse libre d’envisager toute suite à notre convenance. Ce faisant, il ne nous abandonne pas tout à fait puisque son regard porte, peinture après peinture, sur une réalité qui rappelle, par les tons employés, les images des années soixante-dix. Comme un clin d’œil à la dernière décennie où le monde a farouchement espéré que tout pourrait « changer » un jour, que l’avenir serait le théâtre de tous les possibles, que le XXème siècle et ses démons un jour ne seraient définitivement plus que de vilains souvenirs. Mais il n’en est rien aujourd’hui, et les êtres qui peuplent les peintures de Sylvester Engbrox n’ont pas l’énergie de leur décor, semblent arrêtés, incapables de surmonter ce que le temps entend leur imposer, incapables de se réaliser. Les personnages un peu atones errent sur la toile, oscillant entre abattement et décontraction. Le monde est ainsi fait, qu’y puis-je ?

Cette figuration est beaucoup d’une jolie subtilité. Elle n’est pas une peinture que l’on pourrait hâtivement qualifier de moderne, ou de contemporaine. Et pourtant, elle joue bel et bien avec les codes d’aujourd’hui. Ainsi que le mentionne le journaliste Patrick Williams « Une sourde mélancolie (y) souffle sur les êtres et les lieux. Quelque chose paraît immobilisé, arrêté. On pense évidemment à Edward Hopper et à ses figures humaines absentes, perdues dans les rues et les hôtels des petites villes américaines. Et l’on se dit que Sylvester est comme un Hopper moderne».

Ces images sont de notre époque, mais comme issues d’univers parallèles. Des images vues à travers le prisme déformant d’un artiste attentif à la marche des êtres et de la société qui l’entoure, attentif à ses propres ressentis. En émane une atmosphère unique, délicieuse, un peu trouble, dans laquelle on peut se perdre sans fin, comme si l’on comprenait enfin quelque chose de la marche chaotique du monde tel qu’il nous apparait désormais, quarante ans après la « folie » des seventies...

 

En permanence à la galerie ViviEquidem, Paris 6e

www.vivoequidem.net

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