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Le blog de Miroir de l'Art

Le blog de Miroir de l'Art

Les coups de cœur, les coups de gueule, les belles rencontres de Ludovic Duhamel, Rédacteur en Chef du magazine papier Miroir de l'Art.


Thomas Jorion

Publié par Miroir de l'Art sur 11 Avril 2012, 10:05am

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Quand la fête est finie, quand, un à un, s’en sont allés celles et ceux qui ont donné vie à toute une époque, quand le rideau est tombé une dernière fois, le silence vient prendre possession des lieux abandonnés. Un drôle de silence peuplé de craquements, de murmures, d’intrus parfois, qui s’installe durablement et voit avec le temps des mondes jadis vibrants de lumière se déliter, partir en poussière. Tout se dégrade, et se fige à la fois. Une mystérieuse présence suinte des murs aux lambris déchiquetés, des sièges défoncés, des sols jonchés de débris en tous genres. Il se chuchote de sourdes complaintes dans ces pièces où nul n’a remis les pieds depuis des années et des années… Tout est mort à jamais semble-t-il, et le temps abîme peu à peu ce que les hommes avaient patiemment érigé… Thomas Jorion s’invite dans ces lieux vides et qui ne sont plus que le vague reflet de ce qu’ils ont été. Il sait par ses cadrages les ressusciter un peu, leur rendre quelques instants un peu de cette vie qui les a quittée, tout en appuyant là où ça fait mal, en montrant l’état de déréliction dans lequel ils sont tombés. Comme s’il photographiait des êtres tombés plus bas que terre, l’artiste personnalise les lieux, leur redonne une identité perdue depuis des lustres, les ramène à la surface de la mémoire, tente en quelque sorte de les sauver de l’oubli.

Thomas Jorion capture ces petits ilots intemporels ainsi qu’il les nomme. « Mon travail se base sur notre perception du temps, de la façon dont il s’écoule et surtout sur son absence de linéarité. Certains lieux se retrouvent ainsi comme « figés » dans le temps, alors même que notre société se développe et file à cent à l’heure. Ils paraissent comme inanimés ou en veille alors qu’en réalité, ils suivent un écoulement temporel déformé, allongé, qui leur est propre » explique-t-il. Il œuvre un peu partout dans le monde : aux Etats-Unis, en Australie, au Japon, en Allemagne, en Italie, partout où l’activité humaine en se transformant laisse sur le bas-côté des pans entiers de son âme d’antan…. Mais ce pourrait être aussi en France… Le mois dernier encore, un village situé à 40 kilomètres de Limoges, dont on dit qu’il a pu compter jusque 2000 habitants, était à vendre… 330 000 euros, je crois, le prix d’un studio à Paris… Plus personne n’y vit, et il tombe peu à peu en ruines. Il y a une piscine, un terrain de tennis, des box pour chevaux… Un décor à la Thomas Jorion…

A l’affut de ces lieux laissés pour compte, l’artiste poursuit de fait une véritable quête esthétique, qu’il inscrit d’ailleurs dans le flux d’un courant plus ancien, celui des Romantiques qui aimaient à se promener dans les ruines de civilisation disparues, et notamment le peintre Hubert Robert (1733-1808), trop méconnu encore, peintre des ruines de Rome qui, dit-on, risqua bien souvent sa vie dans de périlleuses escalades et explorations souterraines de la capitale italienne. Et grâce à sa technique, son sens inné du détail, son approche de la couleur, sa photographie provoque une véritable fascination. On reste bouche bée devant ce bowling abandonné de Tokyo, ses 108 pistes sur trois étages qui donnent un peu l’impression de marcher sur la lune… Ou devant cette salle de spectacle italienne au cœur de laquelle ne résonnera plus jamais aucune note de musique…

 

A découvrir en permanence à la Galerie Valérie Lefebvre à Lille (59)

 

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delhaye 12/04/2012 14:46

c'est effectivement un travail conscient sur le Temps (la durée), comme chez les Ruinistes du XVIIIe S.les italiens Bibbiena et Pannini, peintres-architectes transmettront à Hubert Robert ce goût
approprié de l'époque : le romantisme archéologique, une philosophie, qui aujourd'hui à cette même esthétique, un regard "neuf" sur les ruines et les vanités.

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